Final Fantasy VII Ever Crisis n'était pas un jeu de plus dans la franchise. Conçu par Square Enix et AppLibot, il se donnait pour mission de compiler sous un même toit l'intégralité des récits gravitant autour du titre de 1997 : le jeu d'origine, Crisis Core, Dirge of Cerberus, Advent Children et Before Crisis — ce dernier étant sorti exclusivement sur téléphones japonais au milieu des années 2000 et n'ayant jamais été traduit ni diffusé en dehors du Japon. Le tout s'accompagnait d'une adaptation de passages tirés du roman Traces of Two Pasts, consacré à Tifa et Aerith, et d'une histoire inédite sur la jeunesse de Sephiroth récupérée sur les décombres du battle royale The First Soldier.

Le train qui traverse Midgar dans Final Fantasy VII Remake — le même décor de départ que Ever Crisis compilait aux côtés de Crisis Core, Dirge of Cerberus et des autres titres de l'univers étendu.
Le train qui traverse Midgar dans Final Fantasy VII Remake — le même décor de départ que Ever Crisis compilait aux côtés de Crisis Core, Dirge of Cerberus et des autres titres de l'univers étendu.

Un gacha trop généreux pour son propre bien

La réalisation était à la hauteur de l'ambition : arrière-plans pré-rendus en haute définition, personnages chibi soignés, cinématiques inédites et système de combat en ATB dynamique. L'obstacle est venu d'ailleurs. Ever Crisis était un jeu gacha — un modèle économique qui suscite souvent la méfiance, et pour cause. Dans ce cas précis, le paradoxe est que le titre s'est révélé remarquablement mauvais à ce jeu-là : depuis juillet 2026, il est devenu impossible d'y effectuer la moindre dépense réelle, et même avant cette date le jeu distribuait assez de ressources gratuites pour traverser l'intégralité du mode histoire sans débourser un centime. La lettre du producteur annonçant la fermeture a évoqué la difficulté à concilier « qualité visuelle et coûts de développement » — formulation diplomatique pour admettre que le modèle économique n'avait jamais trouvé son équilibre.

Sephiroth face à Jenova dans Final Fantasy VII Rebirth — une confrontation dont Ever Crisis retracait les origines à travers sa nouvelle histoire sur la jeunesse du personnage.
Sephiroth face à Jenova dans Final Fantasy VII Rebirth — une confrontation dont Ever Crisis retracait les origines à travers sa nouvelle histoire sur la jeunesse du personnage.

Un vide difficile à combler avant Revelation

La fermeture intervient à quelques mois de la sortie de Revelation, dont la date est fixée au 8 avril 2027 — et c'est là que le bât blesse. Ever Crisis avait explicitement vocation de passerelle : réunir vingt-cinq ans de récits éparpillés entre des supports hétéroclites, dont plusieurs n'ont jamais été accessibles hors du Japon, pour que les joueurs abordent le dernier volet avec le bagage complet. Glenn Lodbrok, personnage introduit dans Ever Crisis, figure déjà dans Rebirth et sera vraisemblablement présent dans Revelation — mais son jeu d'origine sera fermé au moment où les joueurs en auraient le plus besoin. Pour ceux qui avaient commencé à rattraper des années de mythologie, la fermeture arrive trop tôt et laisse derrière elle des pans d'histoire impossibles à retrouver ailleurs.

Deux personnages au pied de Midgar en ruines, dans Final Fantasy VII Rebirth — le point de départ d'un voyage que Ever Crisis ambitionnait de compiler du début à la fin, avant Revelation.
Deux personnages au pied de Midgar en ruines, dans Final Fantasy VII Rebirth — le point de départ d'un voyage que Ever Crisis ambitionnait de compiler du début à la fin, avant Revelation.